Haiku

Réédition d'un classique qui enchanta Roland Barthes, où poésie et impertinence cheminent d'un même pas. Les haïkistes nippons, dont Maurice Coyaud a rassemblé le plus large florilège, notaient volontiers leurs petits poèmes - trois vers, c'est tout - en marge du récit de leurs randonnées, comme autant de pauses, de points de suspension. M. Coyaud procède à leur manière. Son anthologie n'en est pas vraiment une et c'est tant mieux : elle prend forme de promenade, de libre divagation à travers le Japon éternel.
Ecoutons ces voix qui nous disent que la poésie, même si elle n'est jamais que l'autre nom de l'indicible, ne loge pas au temple que l'on croit : elle suit les chemins vicinaux, dort dans les fossés et chausse les savates de tout le monde. Elle ne cherche rien (puisque chercher est l'un des meilleurs moyens de ne rien trouver) donnant secrètement raison au sage qui nous prévient narquoisement : "Quand vous regardez, contentez-vous de regarder. Si vous réfléchissez, vous mettez déjà hors de la cible." (4ème de couverture).


Ce recueil de haïkus est pour moi comme un ami que l'on consulte lorsque les pensées se font cumulus. Il est indispensable de le garder près de soi, sur sa table de nuit, et d'en picorer quelques petites phrases qui agissent comme des bulles de savons légères et insignifiantes.
"....il n'y a rien à ajouter au haïku qui vient d'éclore sur les lèvres du voyageur ; il n'a pas besoin d'une syllabe de plus pour dire ce qu'il a à dire ; rien ne saurait l'augmenter, lui donner davantage de sens...."

Mon manteau de paille chaque matin
Je le secoue et fais s'envoler
Les lucioles
Ransetsu

Ne la cueille pas  
Laisse la dans le champ

La fleur-fille
Hyôsui